L'autre et le frère : l'étranger et la franc-maçonnerie en France au XVIIIe siècle
ISBN-13
9782852038493
Éditeur
Honoré Champion
Date de publication
01/01/1998
Résumé
Dès l'origine, la Franc-maçonnerie s'affiche comme universaliste et cosmopolite. A l'instar de la République des Lettres, le XVIII siècle voit s'ébaucher puis prospérer une "République Universelle des francs-maçons" avec ses réseaux, ses stratégies, ses luttes d'influence, ses lieux de pouvoir, mais aussi ses marges et ses exclus. Suivre les centaines d'étrangers qui fréquentent les loges maçonniques françaises : négociants originaires de la Baltique, étudiants en médecine irlandais, jeunes aristocrates danois effectuant leur Tour de formation, ou encore voyageurs et diplomates britanniques, permet de renouveler l'histoire des étrangers au XVIII siècle et d'appréhender la sociabilité maçonnique sous un angle inédit. Si sa plasticité et sa capacité à répondre aux attentes des élites européennes font incontestablement merveille, la rencontre avec l'autre en qui l'on reconnaît un frère, par-delà ses différences, représente également un des enjeux majeurs de l'engagement maçonnique qui est fondamentalement une quête d'identité au miroir de l'autre. Les tensions nées de cette ren- contre reflètent l'extrême sensibilité des frères aux a priori de la société profane et à ses peurs. En identifiant un autre absolu, qui prend selon le contexte les traits du juif, du musulman, ou du "sang mêlé" dans les Antilles, les francs-maçons bornent le cosmos fraternel et trahissent la part d'ombre des Lumières, sans pour autant renoncer à leur profession de foi cosmopolite. Confrontés à leurs contradictions, à l'émergence du nationalisme qui se nourrit du rejet de l'autre, cet impossible semblable, les frères sont conduits à partir de la Révolution à des révisions déchirantes, annonciatrices des dérives du XIX siècle.